Madame la Députée,
J’accuse réception de votre message concernant les nouvelles dispositions relatives aux successions indivises très positives, qui entreront en vigueur début 2027. Je vous remercie pour ces informations.
Cependant, je souhaite attirer votre attention sur un sujet tout aussi préoccupant : les choix de l’Union européenne dans le cadre du conflit en Ukraine et leurs conséquences directes pour les citoyens français et européens.
Vous n’êtes pas sans savoir qu’un prêt européen de 90 milliards d’euros a été accordé à l’Ukraine, reposant sur l’hypothèse de remboursements futurs liés à d’éventuelles réparations de guerre. Cette hypothèse apparaît aujourd’hui très incertaine au regard de la réalité géopolitique et économique.
La France est engagée à hauteur de 17 milliards d’euros. La question posée aux citoyens est simple et directe : qui finance réellement cette décision, et au détriment de quoi (pour reprendre une formule bien connue : “il n’y a pas d’argent magique”) ?
S’agit-il de nouveaux efforts budgétaires sur les services publics et les politiques sociales, ou d’un alourdissement supplémentaire de la dette nationale déjà considérable ?
Dans les deux cas, ce sont les mêmes contribuables qui supportent la charge.
Dans le même temps, les Français font face à une hausse continue du coût de la vie et des carburants. Le gouvernement affirme ne pas avoir de marge de manœuvre suffisante pour agir fortement, ou que cela représenterait un coût trop élevé.
Pourtant, plusieurs États européens ont pris des mesures rapides et concrètes pour protéger leurs populations : baisse de taxes, boucliers tarifaires temporaires, aides directes.
En France, ces dispositifs restent limités, avec une justification récurrente de contrainte budgétaire.
Or, dans le même temps, des engagements financiers majeurs sont pris au niveau européen.
Le bon sens conduit à une interrogation simple : comment expliquer qu’il soit jugé impossible de soutenir fortement le pouvoir d’achat des Français, mais possible d’engager 17 milliards d’euros dans un cadre extérieur incertain ?
Dans le prolongement, il existe aujourd’hui un déséquilibre croissant entre les décisions européennes et les réalités vécues par les citoyens, avec des politiques nationales de soutien très différentes selon les États membres, sans véritable cohérence globale de protection des populations.
S’ajoute à cela une question essentielle : celle de la diplomatie.
L’Union européenne, qui devait être un espace de stabilité et de paix, apparaît aujourd’hui davantage engagée dans une logique de financement et d’accompagnement d’un conflit que dans une véritable initiative diplomatique forte et autonome.
Quelle est aujourd’hui la capacité réelle de l’Europe à porter une voix indépendante de paix dans ce conflit ?
De même, la voix de la France, historiquement reconnue pour son rôle diplomatique et sa capacité à dialoguer avec des blocs opposés, semble aujourd’hui beaucoup plus diluée dans les positions européennes.
Dans un monde de plus en plus instable, cette absence de ligne diplomatique forte et lisible interroge profondément.
Sur la question du financement de l’Ukraine, un autre point doit être soulevé.
La situation de corruption en Ukraine est régulièrement documentée par des organismes internationaux. Il ne s’agit pas d’une opinion, mais de faits établis et récurrents.
Dès lors, la question du contrôle de l’utilisation des fonds européens devient centrale : quelles garanties concrètes existent pour assurer la traçabilité et la bonne utilisation de ces 90 milliards d’euros ?
Par ailleurs, une partie de ces financements peut indirectement bénéficier à des achats d’armement hors Europe, notamment américains, alors même que l’Europe dispose de sa propre industrie de défense.
Pourquoi ne pas orienter ces financements vers le renforcement de notre souveraineté industrielle européenne ?
J’en viens plus largement au fonctionnement de l’Union européenne.
De nombreux citoyens ont le sentiment que des décisions majeures sont prises à distance des peuples, sans consultation directe, puis appliquées de manière uniforme.
L’exemple du permis de conduire et du contrôle médical pour les seniors illustre pleinement ce décalage.
Cette mesure semble avoir été fortement influencée par un fait individuel dramatique, relayé au niveau européen par une personnalité issue du monde sportif, qui a utilisé son expérience personnelle et sa notoriété pour faire évoluer une réglementation s’imposant ensuite à l’ensemble des citoyens européens.
Sans remettre en cause la souffrance liée à cet événement, que je respecte pleinement, il demeure essentiel de rappeler qu’une règle générale ne peut être construite sur un cas individuel, mais doit reposer sur des données objectives et statistiques.
Or, les statistiques de sécurité routière montrent que les accidents graves concernent majoritairement des facteurs liés à d’autres causes et des tranches d’âge moins élevées, notamment l’alcool, les stupéfiants ou certains comportements à risque.
À titre personnel, ayant subi un accident du travail ayant entraîné une limitation de mobilité, je pourrais, en poussant le raisonnement vers l’absurde, demander que l’on interdise certaines activités professionnelles au motif qu’elles présentent un danger. Ce type de logique montre bien les dérives possibles lorsque l’on légifère à partir de situations individuelles plutôt que de données générales. Ce n’est pas cela la démocratie.
J’ai longtemps cru au projet européen, fondé sur la paix, la prospérité et la coopération entre les peuples.
Aujourd’hui, de nombreux citoyens constatent :
- Des décisions perçues comme éloignées du terrain,
- Une complexité croissante des normes,
- Un déséquilibre entre les priorités internes et externes,
- Et un sentiment d’éloignement démocratique.
Dans cette perspective, vous vous réclamez des valeurs du gaullisme.
Ces valeurs reposent sur des principes clairs et constants :
- Une Europe des nations souveraines et coopératives,
- Une primauté du peuple dans les décisions politiques,
- Une indépendance stratégique et diplomatique de la France,
- La défense de l’intérêt national dans les choix engageant le pays,
- Et une Europe construite avec les peuples, non imposée à eux.
C’est au regard de ces principes que je vous pose cette question centrale, de manière directe et sans détour :
L’Union européenne actuelle reste-t-elle fidèle à cet esprit, sur les plans économique, démocratique et diplomatique, ou s’en est-elle éloignée de manière structurelle ?
Je vous remercie par avance pour la clarté, la précision et la sincérité de votre réponse, qui ne peut se limiter à une formule générale au regard des enjeux soulevés.
Je vous prie d’agréer, Madame la Députée, l’expression de ma considération distinguée.
Pascal Guillemoz
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